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L’adé­qua­tion entre l’orien­ta­tion des jeunes et le mar­ché du tra­vail et les mé­tiers por­teurs d’em­ploi, on n’y est pas en­core

L’adé­qua­tion entre l’orien­ta­tion des jeunes et le mar­ché du tra­vail et les mé­tiers por­teurs d’em­ploi, on n’y est pas en­core

 

 © David Rozing/Hollandse Hoogte

Les fi­lières connues pour être por­teuses d’em­plois res­tent bou­dées par les jeunes qui fré­quentent l’en­sei­gne­ment tech­nique et pro­fes­sion­nel. Plus de 30% d’entre eux optent pour les op­tions qui touchent le ser­vice aux per­sonnes.

En 2014-2015, 36% des élèves ins­crits dans l’en­sei­gne­ment tech­nique qua­li­fiant avaient choisi le sec­teur de l’aide aux per­sonnes (une ma­jo­rité s’orien­tant vers les tech­niques so­ciales et d’ani­ma­tion ou la pro­fes­sion d’édu­ca­teur). Bou­dant soi­gneu­se­ment les orien­ta­tions en agro­no­mie (2% des choix), en sciences ap­pli­quées (4,8% des choix), sans par­ler de l’ali­men­ta­tion et l’ho­reca (2%). L’in­dus­trie fai­sant aussi pâle fi­gure dans les ins­crip­tions: 14% des 53.540 ins­crits.

L’exer­cice est si­mi­laire pour l’en­sei­gne­ment pro­fes­sion­nel: 30% d’ins­crits dans les ser­vices aux per­sonnes (ser­vices so­ciaux, coif­fure, aide fa­mi­liale, pué­ri­cul­ture). Contre seule­ment 3% en agro­no­mie, 9% dans l’ali­men­ta­tion et l’hô­tel­le­rie, 14% en construc­tion, 18% dans l’in­dus­trie. On conti­nue? Dans le tech­nique de tran­si­tion, même re­frain: 44% d’ins­crits dans les ser­vices aux per­sonnes, à peine 2% dans l’in­dus­trie…

Et pour­tant, re­gar­dez la liste des mé­tiers en pé­nu­rie, épin­glés par le Forem en 2016: bou­cher, cui­si­nier, bou­lan­ger, pâ­tis­sier, mé­ca­ni­cien ou élec­tro­mé­ca­ni­cien, trans­for­ma­tion du métal (peu im­porte la spé­cia­lité, c’est dire…), construc­tion (là aussi tous les mé­tiers liés y passent).

« Toutes les branches scien­ti­fiques, les in­gé­nieurs, les tech­ni­ciens, les ma­thé­ma­ti­ciens, sont les plus de­man­dées sur le mar­ché de l’em­ploi. Or, la moi­tié des jeunes ins­crits dans les études de tech­nique de tran­si­tion sont dans les branches so­ciales » (Jean De Lame, UWE)

Il y a un pro­blème. L’adé­qua­tion entre l’orien­ta­tion des jeunes et le mar­ché du tra­vail et les mé­tiers por­teurs d’em­ploi, on n’y est pas en­core. Jean De Lame, di­rec­teur du dé­par­te­ment « em­ploi-for­ma­tion » de l’Union wal­lonne des en­tre­prises, in­siste. « Les jeunes doivent prendre garde, dans leur orien­ta­tion, aux taux d’in­ser­tion sui­vant les fi­lières. » Un conseil avisé, alors que pour la fin juin, les élèves doivent poser leurs choix d’orien­ta­tion pour l’an­née sco­laire 2017-2018.

Lisez notre Edito Des choix à côté de la plaque

Car Jean De Lame le confirme: « toutes les branches scien­ti­fiques, les in­gé­nieurs, les tech­ni­ciens, les ma­thé­ma­ti­ciens, sont les plus de­man­dées sur le mar­ché de l’em­ploi. Or, la moi­tié des jeunes ins­crits dans les études de tech­nique de tran­si­tion sont dans les branches so­ciales. Nous ne nions pas l’im­por­tance d’avoir des aides fa­mi­liales ou des pué­ri­cul­trices, mais on manque de jeunes s’orien­tant vers les autres branches… Et oui, c’est un pro­blème… Pour mettre en œuvre la 4e ré­vo­lu­tion in­dus­trielle en Wal­lo­nie, on a be­soin de tech­ni­ciens qua­li­fiés.« 

« At­ten­tion, nuance Oli­vier Re­mels, de la Fon­da­tion pour l’en­sei­gne­ment. L’en­sei­gne­ment n’a pas pour vo­ca­tion de for­mer aux seuls mé­tiers en pé­nu­rie. Mais par contre, c’est vrai qu’il faut se poser la ques­tion de l’adé­qua­tion entre l’offre au sein d’un bas­sin sco­laire et l’ac­ti­vité éco­no­mique de ce bas­sin ». Avoir des fi­lières bien four­nies en sciences de la vie dans le Bra­bant wal­lon (qui re­groupe le monde du pharma), cela a du sens.

 © Kristof Vadino© Kris­tof Va­dino

→ Com­ment faire? Chan­ger les men­ta­li­tés

Mais en­core faut-il que les jeunes s’y en­gagent… « Il faut un pi­lo­tage plus vo­lon­ta­riste de l’offre, le Pacte d’ex­cel­lence le pré­voit. Mais il faut aussi chan­ger la vi­sion des mé­tiers au­près des jeunes et leurs pa­rents, dit Oli­vier Re­mels. Et là, c’est ce que l’on es­père faire avec l’élar­gis­se­ment du tronc com­mun, qui aura aussi pour ob­jec­tif de dé­ve­lop­per les ap­pé­tences des jeunes pour les sciences de la vie, l’in­dus­trie,… ».

Jean De Lame, à l’UWE, at­tire aussi l’at­ten­tion sur le ni­veau de l’en­sei­gne­ment qua­li­fiant. « Re­gar­dez en Al­le­magne, les exi­gences de qua­li­fi­ca­tion de­viennent de plus en plus im­por­tantes, on de­mande des connais­sances très poin­tues », dit-il. Le res­pon­sable constate pour­tant que le monde en­sei­gnant ne s’ap­pro­prie pas très vite le tra­vail réa­lisé par le ser­vice des mé­tiers et des qua­li­fi­ca­tions (SFMQ), ce ser­vice qui per­met d’ajus­ter les for­ma­tions afin qu’elles collent au mieux aux réa­li­tés des en­tre­prises.

Au sein de la chambre des mé­tiers du SFMQ, les en­tre­prises ex­posent leurs at­tentes en ma­tière de qua­li­fi­ca­tion pour les dif­fé­rents mé­tiers. La chambre des for­ma­tions tra­duit cela en pro­fils de for­ma­tion, et ces pro­fils sont en­suite tra­duits en CPU (cer­ti­fi­ca­tions par uni­tés, ce sys­tème qui per­met de ‘cer­ti­fier’ les connais­sances et ac­quis des élèves au fur à me­sure de leur ap­pren­tis­sage). « Cela n’a été fait que pour 6 do­maines sur 40… En 2018, on en ajou­tera à peine 10. On ne sera tou­jours pas à la moi­tié… », re­grette Jean De Lame. Il craint que ce re­tard n’ag­grave le dé­cro­chage des connais­sances par rap­port aux mé­tiers visés.

Le Pacte d’ex­cel­lence, qui pré­voit une ré­forme de l’en­sei­gne­ment qua­li­fiant, pourra-t-il sau­ver cela? Là aussi, Jean De Lame se prend la tête dans les mains. « Il pré­voit une ré­forme du qua­li­fiant, oui. Mais il fau­dra at­tendre 10 ans pour la voir ar­ri­ver, ce n’est que pour… 2028. C’est lent, trop lent », conclut-il.

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